«En 2009, il y a eu 350 contentieux portant sur 85 millions de francs».Pouvez-vous nous parler du rôle des Eaux et forêts dans cette localité ?
Tout d’abord, je voudrais vous faire la cartographie de la région de Kolda. On a le domaine national, les zones urbaines, les zones de terroir et les zones classées. Les zones urbaines sont du ressort des communes ; les zones du terroir dépendent du Conseil rural ; les zones classées, elles, sont composées des forêts classées, des parcs nationaux et des réserves et dont la gestion relève de l’Etat. (…) La spécificité de la région de Kolda, c’est que c’est l’une des régions qui abritent encore les derniers bastions forestiers du Sénégal. C’est une région très pauvre ; elle est même classée deuxième, si je ne me trompe, avec un taux de pauvreté supérieur à 60%. Mais c’est aussi une région très riche en ressources naturelles et surtout en ressources forestières. La forêt classée fait 21% du territoire régional tandis que le domaine protégé est dans l’ordre de 650 000 hectares. L’activité principale étant l’agriculture, donc les ressources forestières sont la principale source de revenus des populations. Ce qui fait qu’il existe une pression sur les ressources forestières de la région de Kolda. Dans la politique définie par l’Etat en matière de gestion des ressources forestières, beaucoup d’efforts ont été faits pour parvenir à une gestion durable des ressources. Quand il y a plusieurs acteurs, il y a antagonisme. Le service des Eaux et forêts veut gérer les ressources (forestières), mais celui qui a des besoins primaires, comme nourrir sa famille, ne voit que l’action qu’il doit mener pour avoir 1 000 ou 2 000 frs Cfa.
La gestion des ressources forestières est collégiale. La région de Kolda est une région ouverte à l’exploitation. Pratiquement, tous les produits contingents sont exploités au niveau de la région de Kolda. Le premier produit, c’est le charbon dont l’exploitation est faite dans des zones aménagées depuis 2008. Nous avons actuellement 5 massifs qui sont aménagés et ouverts à l’exploitation et 20 000 zones aménagées dans la région de Kolda. Ce qui représente 15% de la superficie régionale (…) Tout ce qui concerne l’exploitation de charbon se fait maintenant en fonction des disponibilités. L’année passée, nous étions à 272 000 quintaux de charbon. Cette année, nos prévisions tournent autour de 350 000 quintaux.
Est-ce que vous impliquez les populations dans votre travail ? D’aucuns vous reprochent de délivrer les permis à des «étrangers»…
Vous êtes journaliste, est-ce qu’on peut vous considérer comme des étrangers ? Dès fois, ça me gène. Dans leur entendement, l’étranger, c’est quelqu’un qui n’est pas originaire de Kolda ; ce n’est pas ça. Avec ta nationalité sénégalaise, on ne peut pas te considérer comme étranger à Saint-Louis, à Kédougou, à Ziguinchor. L’autre aspect qui est important, c’est le problème d’information. Le plan d’aménagement est accompagné d’un plan de gestion validé par l’ensemble des communautés rurales et paraphé par le président de chaque communauté rurale. Le 14 mai dernier, nous avions tenu une réunion de notification de la campagne 2010 au Conseil régional. Pour les zones aménagées, avant que le service des Eaux et forêt ne délivre un terrain, il faut l’autorisation préalable du Conseil rural (…). Tout permis délivré par les Eaux et forêts dans la région de Kolda, que ce soit à Kolda, à Médina Yéro Foulah, à Vélingara, pour les produits contingentés, il y a d’abord une fiche d’installation délivrée après l’autorisation du Conseil rural
Quelles sont les conditions d’acquisition du permis ?
Pour avoir le permis, il y a deux possibilités. En ce qui concerne le charbon, nous avons les structures locales communément appelées Communautés villageoises de gestion en développement, une émanation du Conseil rural. (…) L’année dernière, on était à 116 000 quintaux qui étaient la capacité de production des structures locales. Cette année, la capacité est de 127 000 quintaux et les possibilités de production de charbon sont de 350 000 quintaux. Si on fait la différence, il reste 243 000 quintaux qui seront contractualisés. Cette contractualisation va se faire au niveau du Comité rural, le Comité inter-villageois et l’Unices (Union nationale des coopératives d’exploitants du Sénégal) avec les populations. Ensuite, cela va faire l’objet d’un protocole d’entente. Quand l’Unices, qui regroupe 215 organismes, contractualise, elle distribue les quotas à ses membres. C’est à ce moment là que les Pcr vont dire si oui ou non leur communauté rurale sera ouverte pour tel produit ou tel autre produit. Les exploitants doivent obtenir l’accord de principe du chef de village avant d’avoir l’autorisation préalable du Pcr. Cette autorisation préalable est nécessaire pour qu’on vous donne la fiche d’installation. Ensuite, ordre est donné aux services départementaux pour délivrer les permis.
Concrètement, est-ce qu’on paie le permis ?
Non. Mises à part les populations qui sont organisées en communauté inter-villageoises, il faut avoir un agrément. Dans ce cas, il faut payer des taxes. Parce qu’il y a la carte d’exploitation forestière. (…) Pour chaque sac de charbon, il y a 200 frs qui sont prélevés et répartis comme suit : 10% pour les communautés villageoises, 20% pour les communautés inter-villageoises, 10% pour le Conseil rural et 60% qui sont reversés au plan d‘aménagement.
Quelles mesures sont prises contre l’exploitation sauvage de la nature ?
Les gens mettent toujours le focus sur l’exploitation. Nous avons recensé trois grands fléaux qui sont contre une gestion durable des ressources forestières. Le premier, ce sont les feux de brousse qui sont causés souvent par les exploitants de miel et par les agriculteurs eux-mêmes. Le deuxième, c’est le défrichement. Et ça se comprend. L’agriculteur croit que l‘augmentation de sa production passe forcement par l’augmentation de sa superficie emblavée parce qu’il n’a pas de quoi acheter suffisamment d’intrants. Conséquence : il empiète. Et c’est cet empiétement qui agresse le patrimoine forestier. Le troisième fléau, c’est l’exploitation clandestine. Et là, c’est un problème. Malgré nos moyens insuffisants, en 2009, nous avons dressé 365 Procès-verbaux en termes de contentieux pour 85 millions de francs Cfa.
koldanews.com
| < Précédent | Suivant > |
|---|
Copyright 2009-2010 - koldanews.com , Tous droits réservés.
Website by winbald