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Dans le département de Médina Yéro Foulah, la gestion forestière et foncière constitue un véritable casse-tête car étant source de conflit entre les populations. L’étendue de la réserve forestière, qui peuple le tronçon  Kolda commune-Pata (67 km), subjugue forcément le visiteur qui l’emprunte pour la première fois. L’état peu verdoyant de la végétation indique que l’hivernage tarde à s’installer. En attendant, les populations du bled s’activent à défricher leurs terres sous une chaleur torride.

 

En effet, l’agriculture est la principale activité à Medina Yéro Foulah, à côté de l’exploitation du bois (charbon de bois, artisanat, etc.), en particulier dans le village de Tankofara situé à 22 km de la nouvelle commune de Pata. Ici, des terres  calcinées du fait de la transformation du charbon de bois participent au décor. A intervalle irrégulier, des camions chargés de bois mort se dirigent vers des destinations  inconnues. Mais ces  pratiques sont souvent  sources de conflit en­tre les autochtones et les coupeurs de bois «venus d’ailleurs». Les premiers accusent les seconds d’agresser leur environnement immédiat en abattant les arbres ; quant aux se­conds, ils en imputent la res­pon­sabilité aux services des Eaux et fo­rêts qui, selon eux, délivrent les permis à tort et à travers. Oussey­nou Baldé, frère du  chef de village de Tankofara, explique : «Au début, des agents des Eaux et forêts étaient venus nous dire qu’ils ont autorisé des gens à abattre des arbres. Depuis lors, des gens débarquent ici régulièrement et nous brandissent des papiers. Et comme nous ne pouvons vérifier l’authenticité de ces documents, nous les laissons faire.»
Cette situation n’est pas sans conséquences pour les populations. M. Baldé lie l’abattage des arbres à la forte baisse de la pluviométrie dans la localité. «Maintenant, nous n’avons que deux mois d’hivernage», constate-t-il, amer. El Hadji Bal­dé, un autre membre de la fa­mille, allonge la liste des complaintes : «Il arrive souvent que des arbres s’abattent sur  nos troupeaux ; et nous avons perdu trois vaches dans ces conditions.»
A Medina Yéro Foulah, l’exploitation du bois est un véritable business entretenu par des «gros bonnets». Un business qui est une porte ouverte à toutes sortes de contrebande, comme en atteste Moussa Diallo, surveillant de forêt à Kéré­wa­ne, dans la communauté  rurale de Pata : «Il existe bel et bien un trafic de bois, mais il est difficile d’en identifier les acteurs. Certains se servent du permis acquis par d’autres pour couper du bois.» Après avoir échappé aux mailles du filet des contrôleurs, les fraudeurs transportent leur butin vers la frontière gambienne à partir d’où ils l’écoulent.
Ce trafic du bois dans cette zone d’autant plus problématique que M. Diallo et ses 349 collègues surveillants peinent à faire convenablement ce travail «bénévole» du fait d’un manque notoire de moyens. Les motos dont ils disposaient sont tombées en panne. «A chaque fois qu’on nous signale un cas de fraude, explique ce sexagénaire en tenue Kaki, le fraudeur se fond dans la nature avant même qu’on débarque au lieu indiqué.» Et si par extraordinaire, ces agents des Eaux et forêts parviennent à mettre la main sur le contrevenant, ce dernier est simplement «verbalisé».
Derrière cette forêt touffue de  problèmes, se cache bien un autre : celui de la gestion foncière qui constitue, ici comme dans beaucoup d’autres endroits du Sénégal, une vraie bombe à retardement. Une réalité que M. Diallo évoque avec beaucoup d’inquiétudes : «Il y a beaucoup de conflits entre les éleveurs et les agriculteurs, car les  terres se trouvent à côté de la mare, mais également entre les agriculteurs eux-mêmes pour des histoires de délimitation.» Et d’ajouter : «Souvent, nous intervenons pour apaiser la tension.»
Les inquiétudes de ce surveillant des eaux et forêts sont  partagées par l’assistant communautaire de Pata. Selon Alpha Ba, ce conflit foncier est surtout exacerbé par le recasement d’«étrangers» dans des sites déjà occupés à Minna, Suithiou Dimb, Touba Kélémane, Dimiskha, Firadwzi, Suithiang Lathiry, entre autres localités. «Comme leur zone d’habitation n’était pas favorable à l’agriculture, explique M. Ba, ils se sont installés là-bas grâce à des permis d’occuper  délivrés par des autorités suprêmes (il se garde de citer des noms: Ndlr). Cela entraîne ré­gulièrement des conflits.» Cons­cient de l’extrême sensibilité de ce pro­blème, les populations ont mis en place, avec le soutien de certaines Ong locales, des comités de veille pour mener des médiations avant que les conflits ne prennent des tournures dangereuses.
Mais il n’y a pas que les conflits fonciers dans cette localité. Dans leur politique de promotion de l’investissement, les autorités municipales accompagnent les fils du terroir dans la réalisation de leur projet en leur octroyant des terres. Aliou Baldé, maire de Pata, explique : «Si quelqu’un de la localité veut investir, il sollicite des terres, on transmet le dossier au Conseil municipal qui délibère ce sens. S’il approuve, on lui attribue gratuitement des terres.» C’est le cas d’un ressortissant de Pata vivant en Espagne qui envisage de construire un campement touristique à l’entrée de la localité. Un projet que l’édile aime fièrement citer.

koldanews.com
 

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