Le manuel est le fruit d’un travail collectif. Il a été rédigé essentiellement par des professeurs de français sénégalais qui ont inventé et pratiqué l’utilisation du rap poétique dans l’enseignement. Il est avant tout le récit et la formalisation d’une expérience. Il n’est pas une étude universitaire sur le rap. Pourtant ces professeurs ont mené des travaux universitaires sur cette question. L’un a rédigé un mémoire de spécialité à l’École Normale Supérieure en 1996 intitulé : « Le rap francophone dans l’enseignement du français au Sénégal. » L’autre a soutenu en 2004 un doctorat de troisième cycle à l’Université Cheik Anta Diop, intitulé : « Linguistique et sociolinguistique de l’argot contenu dans les textes de rap au Sénégal. »
Lors de l’assemblée générale de l’Association Sénégalaise des Professeurs de Français, l’A.S.P.F, en novembre 2006, un professeur (Tidiane Ndiaye) fait part, lors d’un atelier sur les pratiques d’écriture, de son travail en classe avec des textes de rappeurs.
À partir de là, et dans un souci de mutualisation des expériences pédagogiques innovantes, un séminaire de formation à l’utilisation du rap en classe se tient en avril 2007 à Kolda. Tidiane N’Diaye y expose sa démarche à 22 professeurs de français de cette Académie. Il est question de la place du français dans le programme officiel du ministère, de l’origine et de l’évolution du rap, puis du rap francophone en France et au Sénégal. Le travail du rappeur français, MC Solaar, né à Dakar de parents tchadiens, sert de point de départ à l’étude concrète des textes.
Une séquence d’«audio-explication » ouvre les travaux. Les professeurs écoutent un morceau de rap, le décryptent, l’expliquent, et l’analysent. Puis, l’étude se poursuit avec le texte écrit. Le formateur montre comment, avec ce type de support, il est possible de travailler la versification, les figures de style, la correction de la langue mais aussi, la structure du récit et la construction du poème.
Enfin, les professeurs écrivent un texte de rap poétique en atelier, selon le processus proposé. Ils procèdent à la réécriture de ce texte, toujours en atelier.
Un artiste rappeur, Habib Kane, alias King Habib, témoigne, lors de premier séminaire, de son parcours : l’interruption de ses études en cinquième mais son goût pour la langue française et le rap qui l’ont mené à devenir rappeur.
Certains des professeurs de ce premier séminaire ont déjà initié des clubs de rap poétique dans leurs établissements. C’est le cas notamment du lycée de Sédhiou, qui a forgé le slogan : « le rap, un support pour l’enseignement du français. »
Ce séminaire ayant fortement intéressé les professeurs, la Direction de l’Enseignement Moyen et Secondaire Général (DEMSG) décide de reconduire l’expérience. C’est ainsi que des formations de ce type ont lieu à Dakar, Saint-Louis, Ziguinchor et Tambacounda. L’équipe des formateurs s’est alors constituée, avec Mamadou Dramé pour les interventions théoriques et le rappeur Malal Talla, alias Fou Malade pour des démonstrations. Malal Talla est choisi par les professeurs pour son niveau d’études, bac + 3, sa maîtrise de la langue française et sa connaissance approfondie de la culture hip hop.
Une fois les professeurs formés à l’utilisation du rap dans leurs établissements, le chantier du rap poétique s’est orienté vers les élèves.
Des ateliers d’écriture de rap poétique se déroulent alors dans plusieurs établissements, lycées et collèges, dans tout le pays. Les textes, écrits et rappés par les élèves, sont enregistrés : deux CD sont produits.
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Commentaires
Merci pour l\'innovation.
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