Des pirogues sur les côtes espagnoles avec des sub-sahariens à bord, voilà une image aujourd’hui qui rare à la télévision espagnole. Désintérêt des médias ? Ou réussite d’une politique de contrôle des flux migratoires ? C’est selon. Il n’y a pas de consensus autour de la question, car si les Iles Canaries respirent un bon coup pour ne voir que rarement des cayucos accoster sur ses côtes, l’Andalousie étouffe tout au contraire. Car, face au contrôle des côtes sénégalaises et mauritaniennes, il existe une nouvelle route de l’immigration illégale qui prend départ un peu plus vers le nord.
Pour le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, « Le combat contre l’immigration illégale est en train d’être gagné après avoir souffert des moments extrêmement difficiles ». Une nette réduction de cette forme particulière de rejoindre l’Espagne, qui selon lui est dû « au déploiement de politiques de coopération avec les pays d’origine africaine, dans la majorité, et au renfort de tous les moyens personnels et matériels quant à la lutte contre l’immigration illégale ». Cependant, il a averti que le gouvernement espagnol ne va pas baisser la garde. Avec raison d’ailleurs, puisque dimanche 3 janvier 2010, a été témoin de l’arrivée d’un cayuco à Motril et de deux pateras à Murcia. Avec respectivement 43 sub-sahariens sans papiers dont une femme et 7 mineurs selon les informations données à la télévision nationale et relayées dans la presse. Encore une fois, voilà étalé le drame de ceux que certains traitent de héros pour avoir défié l’océan et rejoint un pays où les lendemains sont hypothétiques.
Nouveau Règlement sur la Nouvelle Loi sur l’Immigration : L’interminable attente
Dans sa stratégie d’avoir une politique d’immigration alignée sur celle l’Europe l’Espagne vient d’approuver une nouvelle Loi sur l’immigration. Entrée en vigueur le 13 décembre 2009, cette nouvelle Loi est la quatrième durant cette dernière décennie. Selon la première Vice-Présidente, Maria Fernandez de la Vega qui faisait face à la presse au mois de juin, en lançant le processus de réflexion sur la nouvelle loi, le gouvernement espagnol s’était fixé comme objectifs de faire une « réforme limitée et concrète qui au delà de certaines considérations, prendra en charge tout ce qui a à voir avec les droits et libertés des immigrés tel que dicté par la Cour Constitutionnelle. » Le Ministre du travail et de l’Immigration Celestino Corbacho a affirmé que cette nouvelle Loi, permettra une meilleure prise en charge des processus qui ont pour objectif d’arriver à une immigration légale, ordonnée et par la même occasion augmenter les possibilités d’intégration. Reste à attendre, car ce ne sera que quand on va publier, d’ici quelques mois, le nouveau Règlement qui explique de long en large la nouvelle Loi, personne ne saura sur quel pied danser. Pour le moment le nouveau texte, la nouvelle Loi Organique 2/2009 maintient plusieurs aspects en matière d’immigration dans le même format qu’avant. Cela concerne, le « arraigo » (l’intégration), le regroupement familial entre autres. Depuis le mois de juin, date à laquelle l’idée a pris forme, des consultations et des réunions se sont tenues. Au cours de ces dernières, les experts et les immigrés ont essayé d’analyser les aspects les plus importants de cette nouvelle Loi. Il en ressort bien des craintes quant à la nouvelle norme qui va se mettre en place. Craintes justifiées quand on sait que les politiques migratoires se font plus sévères et plus regardantes depuis quelques années. Selon les experts, sera considéré « infraction grave », le fait résider en Espagne sans papier, travailler sans autorisation , d’y avoir chez soi un sans papier ou encore de faire recenser un sans papier dans sa municipalité juste pour qu’il puisse déposer ses papiers à la Police. Des sanctions qui peuvent dépasser 10.000 euros sont prévues par la Loi. Quant aux sans papiers qui accostent sur les côtes espagnoles ou qui entrent sur le territoire espagnol de façon illégale, ils devront passer 60 jours dans les Centres d’Internement au lieu de 40 comme c’est le cas jusqu’ici. Le regroupement familial se fera seulement avec les enfants mineurs de 18 ans et l’épouse, dés renouvellement de sa première résidence légale. Le plus difficile sera de faire venir ses parents. La Loi exige un séjour de plus de cinq ans sur le sol espagnol et que les parents soient âgés de plus de 65 ans. Bref, il est clair que des changements importants sont attendus dans six mois quand on va publier le nouveau Règlement qui explique la nouvelle Loi sur l’immigration. La recommandation des experts, c’est que face à une situation indécise, il vaut mieux mener dans les plus brefs délais toute démarche ayant trait à la situation d’immigré auprès de l’administration espagnole (régularisation de situation administrative par « Arraigo » (intégration), regroupement familial, etc.
La crise n’a pas encore tirée sa révérence
Incertains et hypothétiques, car la crise qui secoue l’Espagne depuis plusieurs mois n’est pas encore à sa fin comme c’est le cas dans d’autres pays européens. En effet, 2010 ne démarre pas sous un visage meilleur que celui de l’année écoulée. Malgré les discours d’espérances des dirigeants, les faits sont là, et les immigrés sont ceux qui souffrent le plus de la situation. Quelques 4 millions de chômeurs selon les dernières données, et la majorité des étrangers. Une explication toute simple à cela. La plupart des immigrés sont arrivés en Espagne sans formation, ni métier fixe. C’est fort de leurs biceps et de leur disponibilité à travailler parfois jusqu’à 18 heures par jour, qu’ils ont investi la construction dans les années fastes espagnoles. Les plus avertis en ont profité pour réaliser et mettre en place des projets viables dans leurs pays d’origine. Les autres ont préféré faire venir la famille et s’acheter une maison avec une hypothèque de plus de 10 ans. Ceux là et presque tous les immigrés font face à une réalité drue, désespérante. Le travail est une denrée rare, les entreprises ferment, les offres de travail se font sans respect des normes et les salaires sont minables. Tout cela dans une ambiance de vie politique nationale tatillonne selon les observateurs et une demande sociale de plus en plus accentuée, le tout dans un contexte par de nouvelles lois sur l’immigration de plus en plus dures.
Est –il arrivé le temps de penser au retour ?
Conséquence, l’option du retour est la plus partagée parmi les immigrés. Cependant, si pour les Latino-Américains et les Marocains il existe la possibilité du retour financé, car leurs pays ont avec l’Espagne une convention en matière de sécurité sociale, (seulement pour ceux qui ont travaillé et cotisé à la Sécurité Sociale), par contré pour les Sénégalais il en est tout autre. Les politiques de coopération qui existent entre le Sénégal et l’Espagne, n’incluent pas le retour volontaire qui implique la perte de sa résidence et l’interdiction d’entrer dans le territoire espagnol pendant trois ans. Nonobstant ce vide, le retour fait rage parmiles plus âgés. Bath (nom d’emprunt) que nous avons rencontré aux Iles Baléares, est sans conteste un candidat au retour. Il veut rentrer avant le prochain Magal. Il est décidé à refaire sa vie au Sénégal. Sans un regard en arrière, sans remords, il se prépare. Mais, il se dit préoccupé par la situation sociale qui prévaut au pays. Il prétend avoir peur de la jalousie des uns et des autres, du regard parfois inquisiteur de certains de ses compatriotes ou encore de la « discrimination « dont il peut souffrir pour être un Modou Modou. Il affirme que l’immigré qui arrive au Sénégal doit faire face aux multiples sollicitations de tous ceux qui l’entourent, de l’incompréhension de ceux qui ne comprennent pas que l’euro se gagne à la sueur du front et à la suite de plusieurs sacrifices. Il ajoute que sa fortune, il l’a eue au bout de plusieurs humiliations (entendez par là faire le travail qu’il n’aurait jamais accepté de faire au pays), de beaucoup de privations et de souffrances. Il est disposé à rompre les clichés et surtout à cesser d’être un Modou Modou.
Dur, dur d’être étudiant
Modou Modou, ou Fatou Fatou, ces surnoms sont réfutés catégoriquement par les étudiants. D’ailleurs certains sont taxés d’immigrés de luxe. Cependant force est de constater que c’est un surnom approprié quant à la situation qu’ils traversent. La majorité d’entre eux ont choisi de rester après la bourse, qui pour faire un doctorat, qui pour une spécialisation. Un choix qui implique de travailler au noir parfois, travailler avec des papiers d’emprunt et encourir des risques énormes. On a vu Fatou s’appeler Coumba pour les besoins d’un travail et devoir supporter sarcasmes et irrespect de la part de ses compagnons pour être la bonne de l’entreprise et encore. Modou, travailler dans la construction et écouter des histoires horripilantes sur les Noirs sans piper mot au risque de se faire découvrir. Ou devoir supporter les malversations et les abus de la part d’un intermédiaire sans scrupule qui lui répondra à chaque fois qu’il voudra faire valoir ses droits : « attention je peux t’accuser de faux et usage de faux ». Que velléité cette phrase a calmé. Un passage obligé pour les étudiants qui n’ont pas encore le droit de travailler avec leur résidence. Il leur est permis de travailler 20 heures par semaine, et encore faudrait-il que les entreprises accèdent à faire travailler quelqu’un 20 heures au lieu des 40 par semaine. Bref, avec la carte d’étudiant, il n’est point facile de trouver du travail. Ces mêmes étudiants font face à d’autres difficultés, sans compter que pour ceux qui sont restés au pays, étudiants ou pas il faut envoyer des sous. Il est clair que pour certains la coupe est pleine, mais rentrer au pays est –ce la solution ? Comme disait l’autre, il ne faut pas avoir peur de rentrer au pays, mais avec quoi ? Il n’existe pas encore de cadre juridique ou scientifique entre les deux pays quant à l’homologation des diplômes. Voilà bien un dilemme pour la plupart de ces étudiants qui vivent en Espagne.
MARIAMA BADJI
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